Belgiumgate/II: Ablyazov, Khrapounov, Tchodiev, Machekevitch, Ibrahimov… on se connait donc?

Belgiumgate/II: Ablyazov, Khrapounov, Tchodiev, Machekevitch, Ibrahimov… on se connait donc?

Ironie des ironies: l’associé d’un criminel notoire du Kazakhstan maintenant l’objet de courtoisie de la part des parlementaires belges, semble avoir été bien impliqué dans les affaires autour des trois cibles visés dans les recherches de la Chambre – les miniers-milliardaires Patokh Tchodiev, Alexandre Machekevitch et Alijan Ibrahimov – également de nationalité kazakhstanaise. Il s’agit de Viktor Khrapounov, à l’heure acturlle à l’abri en Suisse, avec sa famille, contre les poursuites judiciaires au Kazakhstan. Selon des dossiers du Procureur d’Almaty, Khrapounov aurait été coresponsable dans l’affaire Tractebel, qui à l’époque avait fait de la commotion dans les cercles politiques et judiciaires en Belgique, et dont les filières n’ont cessé de s’accumuler depuis lors.

by Charles van der Leeuw, writer, news analyst

Belgiumgate/II: Ablyazov, Khrapounov, Tchodiev, Machekevitch, Ibrahimov… on se connait donc?

Victor Khrapounov, aujourd’hui citoyen suisse et parmi les permiers cent super-richards dans le domaine helvétique, est né en 1948 dans le village de Priëdgornoïé dans le nord-est de la République soviétique socialiste du Kazakhstan, dans une région pourtant dominée par l’ethnie russe. Il termina ses études au sein du collège d’industrie et de technologie à Oust-Kaménogorsk, centre administratif et ville principale de la province. Aprés avoir obenu son diplôme, le jeune Viktor déménageait à Almaty, où il travaillait comme mécanicien dans la centrale d’électricité thermique pendant la journée en continuant ses études à l’Académie de technologie électrique pendant la soirée.

Pour assurer sa position sociale, il deviendrait président du Comité du Parti dans le quartier de Lénine dans la capitale, puis vice-président du Conseil municipale, puis président du Comité exécutif du Conseil, puis, suivant l’indépendance, ministre d’énergie et de charbon et après une réorganisation administrative ministre d’énergie et de ressources naturelles. Vers la fin de 1997 à ;a suite d’une crise économique qui avait mené le Kazakhstan jusqu’au bord de l’abîme, il recevait la position de maire d’Almaty, ville alors déprivée de son statut de capitale qui avait déménagé vers Astana dans le nord dy pays, mais encore la ville la plus peuplée (1.5 millions à’ l’heure actuelle) et centre de finances et de commerce du Kazakhstan. C’est alors que M. a commencé une série d’abus de biens sociaux dont les revenus se compteraient en millions d’euros. En 2007, il s’est évacué avec sa famille et leur fortune illicite vers Genève.

Parmi des cas exemplaires documentés par les autorités judiciaries d’Almaty se trouve celui d’un centre d’enfants vers le bout de la rue Fourmanova, dans un quartier d’affaires moderne et huppé dans le sud de la ville. Le 26 décembre 2001, plus de quatre ans après l’entrée de Viktor Khrapounov dans l’hôtel de ville, un appel d’offre de la part de la municipalité était gagné par une enterprise privé qui s’appelait KazRealIncome, et qui paya 52 million de tengués kazakhs (à l’époque, le dollar EU était dans l’ordre de 120 tengués) pour le terrain avec l’obligation d’investir 464 millions de tengués en plus pour la restauration et l’expansion du centre. Puis, rien ne se passerait jusque le 26 septembre de 2003, lorsque le site apparaissait sur la liste d’«actifs fixes» de KRI. Le 10 octobre suivant, le terrain fut vendu pour la meme somme de 52 million tengués à une société nommée Karasha Plus, laquelle, le même jour et pour la même somme, le revendait à une troisième société, nommée Buiding Service Company.

Surprise ou non – il apparaîtrait que derrière les trios enterprises n’était qutre que Mme. Leïla Khrapounova, épouse du maire. Le 16 octobre, elle vendrait BSC à une autre enterprise, apparamment de bonne confiance, appelée Stroïtekh, pour 2,079 milliards de tengués. L’argent serait viré sur un compte au sein de la Banque Eurasia, propriété des trios oligarches kazakhs Alizhan Ibrahimov, Patokh Tchodiev et Alexander Machekevitch, qui contrôlent l’entreprise géante métallurgique ENRC, noté au sein de la Bourse de Londres, puis transféré vers un compte bancaire en Suisse sur le nom d’Elvira Koudryachova, fille du premier marriage de Viktor Khrapounov.

Or, le terrain sur la rue Fourmanova n’était point la seule propriété ainsi acquérie par Building Service Company. Le 25 août 2003, un petit terrain de haute gamme au centre-ville d’Almaty serait « confisqué » par la municipalité puisque son propriétaire, une enterprise nommée Chahid Engineering, apparamment pour raison que la construction d’une plaza au site était en retard. Le 23 Septembre, le terrain était vendu par la municipalité à Karasha Plus pour 15,6 millions de tengués, puis revendu à BSC pour 611 millions.

Parmi les autres actifs de BSC figurerait une série de terrains hors la ville, dans des zones qui la fournissent avec de l’eau potable don’t la vente est strictement interdite par la loi. Pour la plupart de la totalité de 8.773 hectares BSC payerait 18,8 milliards de tengués, tandis qu’une autre enterprise, Asia Holding Development appurtenant à Ilyas Khrapounov, payerait 111 millions. Puis, AHD serait vendu par Ilyas à une société située sur les Iles de Vièrges brittaniques, Elias Import Export, aussi sous contrôle d’Ilyas Khrapounov.

Enfin, en 2004 (avant de depart de Viktor Khrapounov de la mairie en décembre de cette année, lorsqu’il obtenait la position de minister d’urgences dans le cabinet national) encore deux assez grandes surfaces dans la même zône et avec le même statut seraient vendues par la municipalité à deux enterprises nommées Victoria-KMK et Adémitaü-KMK pour une somme inconnue mais presume bien inférieure, puis revendues à un certain A. Khatchatourian pour 1,223 milliards de tengués. La somme serait virée aux comptes personnelles de Leïla Khrapounova.

Les revenus de ces irrégularités transférés vers la Suisse ne se comptent q’en dizaines de millions de fracs suisses, voire moins d’un quart de la fortune de la famille, selon Bilan dans l’ordre de 300 à 400 millions. Pour quelque temps, les inculpations sont restées limitées à des commissions versées par des clients de la municipalité à travers des firmes privées contrôlées par M. Khrapounov et sa famille en échange de privilèges, y compris des permis de construction sur des sites protégées et des appels d’offres honorés hors procédure de sélection. Grand nombre d’opération dont chacune n’apportait que des sommes se comptant en millions ou en centaines de milliers. Mais aujourd’hui, on soupçonne également des opérations de plus grande envergure – y compris une grosse vache en forme du reseau électrique de la ville et son agglomération.

On écrit le primtempts de l’an 2000, quand Tractebel, ancienne grande dame dans la génération et la distribution de ressources d’énergie – après la perte de l’empire coloniale peu à peu dégradée en vieille fille – reçoit la somme, alors encore beaucoup plus impressionnante qu’aujourd’hui, de 110 millions de dollars pour deux actifs qui lui n’avait coûté que dix millions de billets verts peu avant, à part de promesses d’investissement qui n’avaient jamais été honorées. Il ne s’agit de rien d’autre qu’une partie du reseau de distribution de gaz dans presqu’un tiers du Kazakhstan, aussi bien que le reseau de courant d’Almaty et ses environs qui servit quelques 2.2 millions d’âmes.

En lisant le volumineux « dossier kazakh » parmi les nombreux enquêtes judiciaires initiés par le parquet belge à partir du nouveau siècle, il est facile de reconnaître la méthode utilisée par Tractebel: racheter une utilité pourri, donc de valeur inférieure, pour l’améliorer non avec des investissements sinon à travers des augmentations de tarifs, puis le revendre aux propriétaires originaux avec des profits monstres – sans avoir dépensé le moindre sou. Usurpation sauvage dasn un pays où mener une vie plus ou moins comfortable coûte trois à cinq fois la revenue personnel mensuel. C’était pourquoi, naturellement, il faudrait toujours la «cooperation amicale» d’autorités locales, qui à l’époque, au sine de l’Hôtel de Ville d’Almaty, n’était autre que Viktor Khrapounov.

L’arrivée de Tractebel sous l’ombre du Tiën-Chân précédait d’un an celle de M.Khrapounov à la tête de la municipalité, en 1997. Dès le premier moment, l’engagement des Belges semble avoir été  nébuleux. « La société belge Tractebel vit aujourd’hui l’émergence d’un nouveau dossier judiciaire lié cette fois aux investissements électriques au Kazakhstan: par des détours tortueux, 8,5 millions de dollars (354 millions de FB) ont quitté les caisses de Tractebel pour une destination inconnue aujourd’hui, Le Soir revela le 1er avril 2000. Après avoir manifesté son souhait d’en connaître davantage sur les conditions de l’entrée de Tractebel, en 1996, dans la production kazakhe d’énergie électrique, le juge Daniel Devaud avait reçu, en mains propres, un dossier complet émanant des services juridiques de Tractebel. Et ces documents constituaient un nouveau volet de l’instruction en cours en Suisse. Mais cette collaboration des Belges à l’enquête suisse n’explique rien. Personne n’est aujourd’hui capable d’expliquer pourquoi, en marge du rachat de la société kazakhe Almaty Power Consolidated (APC) – dont Tractebel possède désormais 60% et dont la valeur totale est estimée à 7 millions de dollars -, un accord d’actionnaires fut alors signé qui déboucha en 1998 sur le paiement, par une filiale de Tractebel, de 8,5 millions de dollars pour n’obtenir que… 6% supplémentaires. »

Selon le journal, APC était « chapeautée par la société néerlandaise Powerfin Holdings Invest BV, dont l’utilité est fiscale », en gardant les 60% mentionnés, le reste en étant tenu par ses partenaires kazakhs. « La part de Tractebel dans Powerfin Holdings est éclatée en une participation directe de 36%, et une participation indirecte de 24% via une autre société néerlandaise, Kazakh Energo Invest BV, l’article continue. Il apparaît qu’au début de son implantation au Kazakhstan, par le biais d’un accord d’actionnaires, Tractebel a laissé un quart des actions d’Energo à une société des Iles vierges britanniques, Ecom Consultants Ltd. Montant de la transaction: 12.000 florins [actuellement environ 6.000 euros]. »

Dans tout le parcours des transactions, les factures n’ont jamais montré la moindre logique, surout parce que des nombreuses entreprises de boîte-aux-lettres de charactère bien cosmopolite ont été utilisées. « Le 7 octobre 1997, Tractebel et Ecom se mettent d’accord pour que Belgelectric Finance BV, filiale de Tractebel, reprenne les parts d’Ecom au prix convenu par contrat, ce qui est indéniablement la plus onéreuse des solutions, Le Soir raconte. Et quatre billets à ordre (des « promisory notes ») de 1,75 million de dollars. Soit un total de huit millions de dollars: 8,5 millions USD, diminués d’un demi-million déjà versé par un autre biais, en « avance sur dividende ». signés par Tractebel et Powerfin, sont rédigées au bénéfice d’Ecom. Au départ de la Générale de Banque, à Bruxelles, cet argent quittera les caisses de Tractebel pour gagner, en 1998, les comptes suisses d’Ecom Consultants Ltd. Cette opération est inexplicable: la valeur nominale des actions d’Energo est de 220.000 de francs. Ces actions représentent 6% des parts d’APC, soit une valeur de 17,6 millions de FB. Et pourtant, pour les récupérer, Tractebel va débourser… 354 millions de francs. »

Ce serait Ecom qui, quize ans plus tard, semble à mener vers la Suisse. « Si le siège d’Ecom est à Tortola, ses bureaux sont à Genève, Le Soir notait à l’époque. Et c’est également là qu’a transité l’argent. Qui était derrière Ecom? Une première piste est sa filiale, Kera Holdings NV, implantée aux Antilles néerlandaises, et qui, un moment, prendra en charge les actions d’Energo. Mais alors, qui est derrière Kera Holdings? »

Plus tard, les autorités kazakhes auraient toute raison à soupçonner que Kera était sous contrôle de Viktor Khrapounov, ou bien directement ou bien, et probablement, à travers de son épouse ou l‘un de ses autres proches. Il ne peut même pas être exclu qu’à travers de crédits détournés par certaines banques kazakhes, des actifs sont tombés dans les mains de Tractebel tandis que des compagnies fantôches sous contrôle des Khrapounov seraient libres de guarder les sous – méthode de «diversification» de prêts et leurs garantis dont les paradis fiscaux y compris la Suisse gardent le sécrèt.

Or, la cloche devrait sonner vers le début de l’été de l’année 2000. «Le 15 juin au soir, sous la houlette du directeur financier de Tractebel Emmanuel Van Innis, un dernier groupe de négociateurs de Tractebel gagnait Almaty pour mettre un terme final au désengagement de la société belge dans ce pays. Le lundi 26 juin, selon les termes d’un accord de cession conclu en avril dernier, l’ancien administrateur belge d’Almaty Power Consolidated (APC) – l’ancrage électrique de Tractebel au Kazakhstan – quittait définitivement le pays. »

Une affaire similaire impliquant Tractebel d’une appropriation impropre des reseaux de gaz avait éclaté simultanément – apparamment sams impliquer M. Khrapounov. Il semble que la compagnie nationale kazakhe de transportation de l’« or bleu », KazTransGas, est intervenue afin de mettre fin aux affaires de Tractebel une fois pour toutes. « La société énergétique belge Tractebel a reçu en ce début de semaine la première tranche de paiement – 10 millions de dollars – concrétisant sa sortie du Kazakhstan, Le Soir étabilrait peu plus tard. Pour rappel, le 28 avril, une convention signée entre les Belges et la société publique kazakhe KazTransGas avait organisé le retrait pur et simple de Tractebel du secteur électrique – la société Almaty Power Consolidated. »

Pour les exécutifs de Tractebel, le « dossier kazakh » n’a point produit des conséquences douloureuses au sein des tribunaux belges, qui ont la tendance de tourner la page si une affaire devient trop compliquée – voire trop controversielle. Quant aux Khrapounov, leur extradition sera improbable tandis que l’occident ne reconnait point les délits de finance commis dans des pays considerés parmi les plus corrompus du monde. Tant pis pour les victimes – voire les citoyens kazakhs et leurs impôts qui aujourd’hui resent la seule ressource pour maintenir les systèmes de distribution d’énergie et rassurer leurs provisions à des prix qui correspondent plus ou moins au pouvoir d’achat… (à suivre)

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