Les Khrapounov en Suisse: l’histoire et les histories d’un couple de pauvres richissimes

Tout en noyant le domaine publique dans les larmes de crocodile et inculp? dans son pays d’origine pour 20 cas d’extorsion, malversation, abus de biens sociaux et autres violations de la loi, l’ancien maire-gouverneur de la ville d’Almaty, m?tropole unique dans l’ancienne r?publique sovi?tique du Kazakhstan avec son territoire vaste et vide (bien que plein de richesse sous-sol) se voit maintenant l’objet de recherches de la justice de la Suisse, son endroit de r?sidence actuel, pour blanchiment d’argent d’origine ill?gitime. Sa femme et ses deux enfants se trouvent ?galement sous des enqu?tes judiciaires. En se c?chant derri?re deux reseaux d’entreprises fant?ches, les accus?(e)s, qui ont d’ores et d?j? cri? au loup en accusant les autorit?s suisses de servir les objectifs sinistres du r?gime kazakh et les pers?cutions «politiques» par le dernier, nient cat?goriquement d’avoir fait le moindre mal.

Charles van der Leeuw, auteur, analyste

Les Khrapounov en Suisse: l’histoire et les histories d’un couple de pauvres richissimesPendant la premi?re semaine du mois de d?cembre, la justice genevoise a bloqu? les comptes bancaires de Viktor Khrapounov, ancien maire d’Almaty et ancien ministre kazakh, qui fait l’objet d’une demande d’entraide judiciaire du Kazakhstan pour corruption, comme l’a annonc? la T?l?vision suisse romande (RTS). Dans le reportage, le procureur Jean-Bernard Schmid, a confirm? qu’une enquкte йtait en cours. Selon la T?l?vision suisse, les fonds ont ?t? bloqu?s aupr?s de deux banques, le Credit Suisse et la banque priv?e Schroeder. Vers la fin du mois de f?vrier de cette ann?e, l’ancien maire d’Almaty Viktor Khrapounov, aujourd’hui resident de la Suisse install? ? Gen?ve o? lui et sa famille vivent en grand style avec une fortune estim?e ? 300-400 million de francs suisses, a ?t? mis sur la liste rouge de recherch? au sine d’Interpol par les autorit?s kazakhes. Inculp? d’une vingtaine de delist, y compris escroquerie, abus de biens sociaux et fiscaux, abus de function publique, fausse ?criture et nombre d’autres, l’homme s’est converti en soi-disantvictime d’oppression politique comme nombre d’autres riches «refugi?s» avec des poches bien remplies venu de la steppe centrasiatique.

Comme not? avant, lorsque Viktor Khrapounov ?tait maire d’Almaty, il n’a pas que ramass? des fortunes au frais de resources publiques. Il a en effet cr?? une culture dans laquelle s’enrichir au detriment de la valeur de biens sociaux devenait ? la mode. Ce genre de barons-voleurs «sans foi ni loi» comprenait des patrons de construction et d’immoblier, de finance et d’industrie. D? ? cette vogue n?faste, une belle compagnie d’anciens patrons kazakhs, voleurs de dizaines de milliards, se trouvent maintenant ? l’abri de la justice – surtout au Royaume-Uni et en Suisse. Comme dans nombre de cas avec des exil?s fortun?s du Kazakhstan, la F?d?ration russe et des autres r?publiques ex-sovi?tiques, Khrapounov veut bien se faire conna?tre au public occidental comme libertin de grande int?grit? et victime d’une dictature sans merci chez lui. «La famille n’a pas tard? ? r?agir ? l’information diffus?e jeudi soir par la RTS et largement reprise par la presse, signalant l’ouverture par le procureur genevois Jean-Bernard Schmid d’une proc?dure pour blanchiment d’argent, la Tribune de Gen?ve ?crivait dans son edition du 30 novembre dernier. Dans un communiqu?, la famille Khrapunov «rejette en bloc toutes les accusations formul?es contre elle et d?nonce cette d?marche ? caract?re politique». Elle dit «regretter que la Suisse participe ? une telle parodie de justice et invite ses autorit?s ? proc?der avec la plus grande c?l?rit? et impartialit? afin de lever dans les meilleurs d?lais les soup?ons que le r?gime kazakh fait injustement peser sur elle».»

Mais selon le quotidien TagesAnzeiger, «…la r?alit? est tout ? fait d’autre. Selon des documents cit?s par la RTS, le couple Khrapounov se serait appropri?s de plus de 70 terrains et edifices, ayant gagn? plus de 250 millions de dollars en les vendant. En ouvrant une enqu?te p?nale, le procureur de Gen?ve a r?agi ? une demande d’assistance judiciaire de la part du Kazakhstan. L’enqu?te concerne non plus le fils des Khrapounov Ilyas (27) qui adhere au CVP de Gen?ve et y est actif comme entrepreneur d’immobilier, aussi bien que leur fille Elvira (33) qui g?re une cha?ne de joailleries ? Gen?ve.»

Comme not? avant, lorsque Khrapounov-p?re ?tait maire-gouverneur d’Almaty, nombre de terrains et d’immeubles ?taient acquis ? des prix bas ? travers des compagnies dont la plupart ?taient contr?l?es par son ?pouse Le?la, portant des nomns comme VILED International, Phoenix international, KazRealIncom, Ayt Housing Complex, Building Service Company et autres. Puis, une fois des licences de d?molition et de construction avaient ?t? accord?es, les entreprises f?rent mises en vente, y compris leurs biens, leurs licences et des autres privil?ges, pour des prix bien sup?rieurs. Ainsi, VILED f?t rachet? en 2004 pour l’?quivalent actuel de 3,2 millions d’euros. Puis, Phoenix, apr?s avoir d?plac? vers la Suisse et rebaptis? Swiss Kazakh Phoenix Holding, vendrait 50 pour cent dans Ayt Housing Complex pour environ €2,5 millions, suivi par la vente de la Building Service Company pour quelques €10 millions. Or, le tabeau de ce genre de transactions effectu?es par les Khrapounov reste loin d’?tre complet et l’origine de beaucoup de la somme totale d’environ €250 millions reste encore ? pr?ciser.

Parmi les virements ? partir du Kazakhstan vers la Suisse d?couverts par des enqu?teurs kazakhs se trouvaient deux sommes, valoris?es ? €5.6 millions et €440,000 selon le cours actuel de la teng? kazakhe, de la banque locle Eurasia Bank (appartenant ? la compagnie m?tallurgique ENRC, contr?l?e par les trois milliardaires kazakhs Alexandre Mask?vitch, Alijan Ibrahimov et Patokh Chodi?v). L’argent, asppartenant ? deux entreprises identifi?es comme Khatchatrian S et Ilyasov AK respectivement, a ?t? vir? vers la Suisse sur des comptes appartenant ? la fille de Victor Khrapounov (de son prenier mariage) Elvira Belmadani. Dans une transaction parall?le, 5.8 millions d’euros et 7.5 millions de dollars ont ?t? vir?s du Kazakhstan vers la Suisse et vers l’Italie sous des pr?textes vari?s. Encore une autre somme, ?galement de $ 7.5 millions, tenue par une compagnie appel?e Elias Import Export LLP, dont la nationalit?reste inconnue mais qui ?tait repr?sent? au Kazakhstan par un certain M. Z. Hichnianidz? (g?orgien comme le nom sugg?re) et vir?e au compte d’une autre entreprise, Asia Holding Development LLP. L’argent est soup?onn? d’avoir ?t? obtenu par la vente ill?gale de trois terrains de construction (avec licence) dans les quartiers hupp?s au sud du centre-ville d’Almaty.

Afin de s’aventurer dans la recherche de l’argent perdu en Suisse, il faut se pr?parer pour des recherches bien difficiles. Bien avant leur arriv?e en Suisse, en 2007, Victor Khrapounov et sa femme avaient install? un reseau de compagnies fantoches en Suisse et ailleurs pour garer l’argent amen?. D?j?, dans son ?dition du 15 juin, 2010, La Tribune de Gen?ve a tent? de trouver une trace tangible dans le labyrinthe de ressources financi?res des Khrapounov – or, sans r?sultat impressionant. «Avec 10 millions donn?s par sa famille, Iliyas fonde une holding, Swiss Development Group Capital, qui poss?de cinq soci?t?s, sp?cialis?es dans l’immobilier, plus une dont il n’est qu’actionnaire, commercialisant des tableaux d’affichage. […] Dans les cartons du jeune homme figurent encore divers projets: la construction d’un complexe h?telier ? Lo?che, d’une tour dans le secteur international de Gen?ve quand le projet du jardin des Nations sera lanc? et la cr?ation d’une soci?t? d’investissement dans l’immobilier en Suisse.» Projets qui tout ensemble valent des milliards, tandis que Bilan estime la «fortune de famille» dans l’ordre entre 300 et 400 millions. Jusqu’? pr?sent, 46.4 millions de dollars EU et 7.7 millions d’euros en argent d?tourn? ont ?t? identifi?s sur des comptes bancaires appartenant ? la famille sous la jurisdiction de la Suisse.

Parmi les entreprises de bo?te postale en Suisse et ailleurs en Europe sous contr?le de la famille Khrapounov se trouve, ? part de Swiss Phoenix et VILED-Suisse, Helvetica Capital SA, 3 rue du Mont Blanc, Gen?ve, dont l’objectif est d?fini dans les r?gistres comme «prise et administration de participations dans toutes soci?t?s ou enterprises ? l’exclusion de prise de participations dans les soci?t?s immobili?res en Suisse». Selon l’information dat? le 19 janvier 2012, Helvetica avait deux directeurs autoris?s – un citoyen suisse du nom Marc Gilleron et Mme Le?la Khrapounova. Le 4 avril 20112, la derni?re se retirait pour laisser toute la responsabilit? ? sonconfr?re. Or, Helvetica avait, et posiblement a encore, une filiale au Pays-bas, Helvetica Capital BV, dont l’adresse ?tait, et possiblement est encore, sur le terrain de l’a?roport national de Schiphol.

Or, il n’y a pas que des malversations concernant des terrains et des immeubles dans les dossiers kazakhs de Victor Khrapounov et sa famille. Comme l’on verra, nombre de contrats et de factures concernant des grands oeuvres et projets dans la ville d’Almaty et ses environs comprennent des noms d’entreprises maintenant consid?r?es d’avoir ?t? li? au maire, sa famille et ses autres associ?(e)s, et des chiffres dont la math?matique reste questionnable. Il y a un an, les Khrapounov ont d?nonc? l’estimation par Bilan de leur fortune de 300 ? 400 million de francs suisses. Apr?s les enqu?tes en cours, il pourrait pourtant bien appara?tre qu’il s’agit ici d’une sousestimation. Ce qui expliquerait, d’ailleurs, comment la Swiss Development avec un capital de 10 millions pourrait vouloir s’engager dans des projects de d?veloppement pr?s de Gen?ve (il y a quelques semaines, les journaux g?n?voix not?rent que le plus grandissime project, celui de Gen?ve-Plage, a ?t? enterr?) qui devraient co?ter des milliards…

Share